Tag Archives: Paris dans la littérature

Murmures artistiques

Il n’est pas toujours nécessaire de se trouver coincé entre quatre murs pour dénicher une œuvre d’art. Loin des musées et des salles d’exposition, les façades de Paris recèlent des trésors, parfois griffés de maîtres.

Le passe-muraille

Hommage au Passe-muraille, la plus fameuse nouvelle de Marcel Aymé, le mur du 17 rue Norvins est le lieu où se croisent réalité et fiction. La sculpture réalisée par Jean Marais représente le personnage de Dutilleul, doté du pouvoir de traverser les murs. Conformément au récit, il s’y trouve enserré dans la pierre, prisonnier du dernier mur qu’il tenta de traverser.

Passe muraille

Non loin de lui figure l’épitaphe du passe-muraille comme le souffle de l’écrivain glissant sur son œuvre immortalisée : « C’est Garou-Garou Dutilleul qui lamente la fin de sa glorieuse carrière et le regret de ses amours trop brèves. Certaines nuits d’hiver, il arrive que le peintre Gen Paul, décrochant sa guitare, s’aventure dans la solitude sonore de la rue Norvins pour consoler d’une chanson le pauvre prisonnier, et les notes, envolées de ses doigts engourdis, pénètrent au cœur de la pierre comme des gouttes de clair de lune. »

Le cadran de Dali

A défaut de donner l’heure, le cadran solaire de Salvador Dali se laisse agréablement contempler. Ce visage aux allures de coquillage, juché sur le mur du 27 rue Saint jacques, s’inscrit dans la lignée des figures plébiscitées par le surréaliste. Un petit bout de mur qui fit grand bruit lors de son intronisation publique par le peintre en 1966.

Cadran Dali

Le mur des lamentations

S’il existe un mur au destin tragique c’est bien le groupe sculpté du square Samuel-de-Champlain, qui devait à l’origine être intégré au Père Lachaise pour commémorer les victimes de la Semaine Sanglante.

Square Samuel de Champlain

Laissé à l’abandon avant d’être déplacé, il échoua à l’extérieur du Cimetière. Au-dessus des pierres criblées d’impacts de balles, l’Allégorie de la Justice étend les bras pour protéger les communards.

Mur-aux-rats

Imperceptible à l’œil des passants trop hâtifs, les deux rats du 35 rue Fortuny sont pourtant plus vrais que nature.

Rue Fortuny

Le bâtiment abrita l’hôtel particulier de Sarah Bernhardt avant d’être en partie démoli par son nouveau propriétaire Adolphe Dervillé. La rue Fortuny changea maintes fois de visage, mais les deux rongeurs, probables vestiges de l’époque Gothique, résistèrent admirablement aux assauts du temps.

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Quand Homère rencontre Ulysse sur le pont des Arts

Pont des arts

La revue DeliciousPaper a publié ma nouvelle « Antihéros » dans son septième opus !
Imaginez une rencontre rocambolesque entre un parangon du post-modernisme et le héros d’un mythe fondateur sur… le pont des Arts !

Delicious paper

Et pour ceux qui ne connaîtraient pas (encore) cette brillante initiative, DeliciousPaper est une revue culturelle publiée tous les deux mois et gracieusement offerte à son lectorat. Composite, elle réunit de courts textes – essais ou nouvelles – proposés par des contributeurs spontanés ou des personnalités (sociologues, écrivains, essayistes ou philosophes).
A noter que depuis le sixième numéro est proposée une analyse de l’actualité, passée au crible par Médiapart, journal en ligne alternatif.

La revue est disponible dans près de 400 adresses parisiennes, mais vous pouvez également lire DeliciousPaper en ligne.

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Paris vue d’ailleurs

Célébrer les écrivains qui ont célébré Paris : telle pourrait être la devise du  festival « Paris en toutes lettres » dont le premier opus a débuté  aujourd’hui. Mais si Paris a été une source d’inspiration pour une pléthore de romanciers d’Hugo à Zola, en passant par Dabit et son « atmosphère, atmosphère », le rayonnement littéraire de la capitale a largement dépassé la démarcation du territoire français. La ville lumière a su toucher hors de ses frontières des artistes de passage comme des enracinés notoires.  Bien souvent, c’est à travers les regards étrangers que Paris se révèle le mieux à elle-même… et à ses habitants.

La Tour Eiffel selon Dino Buzzati

Tour EiffelQuand un écrivain italien nous dévoile les secrets de fabrication de la Tour Eiffel, l’imagination badine avec les faits. Dans son recueil de nouvelles intitulé le « K », Dino Buzzati perce à jour le véritable projet de Gustave Eiffel. L’opiniâtre architecte aurait nourrit des aspirations nettement plus hautes pour sa « petite » tour de 300 mètres. Dévoré d’ambition, Gustave Eiffel est incapable de mettre fin à sa construction. Ses ouvriers travaillent sans relâche pour atteindre un sommet interminable :

« Et c’est ainsi qu’à la côte 300, au lieu d’ébaucher la charpente de la coupole terminale, on dressa de nouvelles poutres d’acier les unes au-dessus des autres en direction du zénith […]. Jusqu’au moment où, à force de monter, nous émergeâmes de la masse du nuage qui resta au-dessous de nous, et les gens de Paris continuaient à ne pas nous voir à cause de ce bouclier de vapeurs, mais en réalité nous planions dans l’air pur et limpide des sommets. Et certains matins venteux nous apercevions au loin les Alpes couvertes de neige. »

Finalement, la perplexité des citadins devant cette tour inachevée poussent les autorités à intervenir. La supercherie d’Eiffel est démasquée  et les carabiniers interviennent pour faire descendre les ouvriers. La tour est réduite aux 300 mètres prévus initialement :

« Ils défirent le poème que nous avions élevé au ciel, ils amputèrent la flèche à trois cents mètres de hauteur, ils y plantèrent sous notre nez cette espèce de chapeau informe que vous voyez encore aujourd’hui, absolument minable. »

Eiffel amputée : voilà une belle revanche de l’Italie pour dédommager sa tour penchée.

Etapes construction Tour Eiffel

Le parfum de Paris

Pour décrire Paris, l’allemand Patrick Süskind déploie un arsenal de senteurs qui recomposent  à la perfection l’essence de la ville. Quelques extraits des plus capiteux.

« Et c’est naturellement à Paris que la puanteur était la plus grande, car Paris était la plus grande ville de France. Et au sein de la capitale il était un endroit où la puanteur régnait de façon particulièrement infernale, entre la rue aux Fers et la rue de la Ferronnerie, c’était le cimetière des Innocents. Pendant huit cents ans, on avait transporté là les morts de l’Hôtel-Dieu et des paroisses circonvoisines, pendant huit cents ans on y avait jour après jour charroyé les cadavres par douzaines et on les y avait déversés dans de longues fosses, pendant huit cents ans on avait empli par couches successives charniers et ossuaires. Ce n’est que plus tard, à la veille de la Révolution, quand certaines de ces fosses communes se furent dangereusement effondrées et que la puanteur de ce cimetière débordant déclencha chez les riverains non plus de simples protestations, mais de véritables émeutes, qu’on finit par le fermer et par l’éventrer, et qu’on pelleta des millions d’ossements et de crânes en direction des catacombes de Montmartre, et qu’on édifia sur les lieux une place de marché. »

S’ils ne sont pas toujours complaisants, les regards étrangers sur Paris sont un peu comme les persans de Montesquieu. Ils peuvent se passer de flagorneries : ils n’en restent pas moins fascinés et fascinants.

Pont Europe, Gare Saint Lazare

Pissaro, vue de paris

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Paris en toutes Lettres
Du 4 au 8 juin
Programme disponible sur le site de Paris

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