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Ville concrète, lignes secrètes

tribute Escher

Dans les tours de pierre et de béton, la sonnerie des premiers réveils retentit, troublant le sommeil paisible des heureux dormeurs. Les citadins s’éveillent, prêts à affronter une nouvelle journée de labeur. Puis, comme chaque matin : le même trajet. Un segment de rue, de chez soi jusqu’à la bouche de métro, retour à l’air libre puis un autre reliquat d’avenue jusqu’aux locaux de l’entreprise. Chacun s’accoutume à subir le joug monotone du trajet mécanique, peu propice à la sérendipité.

Même lors des excursions les plus hasardeuses, au cours de la sacro-sainte promenade dominicale par exemple, l’œil se cantonne au réel. On s’attarde sur une façade, on s’émerveille sur un monument, ou  parcourt dubitativement une de ces fèces canine à la consistance douteuse…

Finalement peu sont ceux qui savent discerner les mille chemins transparents qui s’élèvent au-dessus de Paris. Pour les percevoir, il faut en premier lieu suivre le conseil prodigué par Italo Calvino dans ses Villes Invisibles : renoncer à les chercher. Car l’invisible, cet entêté, n’est pas lisible sur une carte. A ceux qui désespèrent de trouver le sésame tant espéré il existe néanmoins quelques points de repères… A condition de marcher le visage strictement rivé au sol.

Le point zéro : aux prémices du voyage imaginaire

Discrètement incrustée dans les pavés du parvis de Notre-Dame, se trouve une plaque de bronze sertie d’une rose des vents, sur laquelle on peut lire cette singulière inscription : point zéro des routes de France.

Point Zéro des routes de France

De ce point magique s’élancent des trajectoires hypothétiques que l’esprit seul peut façonner à sa guise. Véritable invitation au voyage fictif, expatriés nostalgiques et déracinés spleenétiques y trouveront leur salut.

Le méridien de Paris, une incarnation du romantisme géodésique

A l’origine du méridien de Paris se trouve un projet un peu fou : la constitution d’un gigantesque axe reliant les pôles Nord et Sud, matérialisé par la construction de l’Observatoire de Paris au XVIIème siècle. Le monument, transpercé de part et d’autre par le méridien, fournit un point de repère aux géomètres. Evincé en 1884 par celui de Greenwich après un débat houleux opposant la France à l’Angleterre, le méridien de Paris ne tomba pas pour autant dans l’oubli.

Poinçons Arago

L’artiste Jan Dibbets, précurseur du Land Art, réalise en 1994 un magnifique hommage à la route invisible. A l’aide de 135 poinçons métalliques dispersés sur l’asphalte parisienne comme une coulée de bijoux cuivrés, il donne corps à l’imperceptible. Les médaillons de Dibbets portent d’ailleurs le nom d’Arago, clin d’œil aux travaux du célèbre mathématicien qui participa à l’élaboration du système métrique. Du Louvre au parc Montsouris, ils balisent d’une ligne indélébile le méridien qui intrigua tant Dan Brown et donna un but aux sempiternelles pérégrinations de Jacques Réda.

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Pause végétale

Lieux insolites

Après des années de franche camaraderie, Paris est encore parvenue à me surprendre. En ce beau samedi de l’an deux-mille neuf, à quatorze heures quinze et trente quatre secondes, mes errances me conduisirent devant le pont Alexandre III où je me posai ce dilemme crucial : allais-je franchir le pont ou continuer tout droit ?

Lorsqu’on se laisse porter par le destin, il vient toujours un moment où le libre arbitre interfère avec le hasard. Aussi, lorsque j’aperçu au lointain le Grand palais et sa verrière anthracite, ruisselante de soleil, qui attirait des essaims de touristes comme la flamme vacillante d’un photophore, j’admets avoir machinalement suivi l’âme de groupe : j’optai pour le pont. Mais Avenue Winston Churchill, la foule se densifia en un grumeau compact, et les klaxons incessants s’accordèrent en un flot volubile pour tambouriner dans mes oreilles comme un marteau piqueur. Je reconnus immédiatement les symptômes d’une fâcheuse migraine qui ne me laisserait pas en paix de sitôt. Joies citadines. Alors, je me pris à rêver d’une retraite paisible, aussi improbable qu’une oasis dans ce désert urbain. Etrangement, j’ai trouvé cet endroit.

A quelques pas de l’annexe du Grand Palais, astucieusement nommé Palais des découvertes, se trouve un écrin de verdure qui ne ressemble à aucun jardin de Paris. On y accède en descendant les degrés d’un escalier de pierre, si bien camouflé des promeneurs qu’il passerait presque inaperçu.

Jardin secret  cascade Paris

Au fur et à mesure que l’on s’engage dans les profondeurs du jardin, la rumeur de la ville s’éteint, substituée par des bruissements d’oiseaux et le murmure d’une source. S’ouvre alors une jungle miniature, qui recèle une minuscule cascade.

jungle miniature

Ce qui retient et étonne, c’est la conception originale de cet endroit inclassable : plus grand qu’un square mais trop petit pour être un parc, tout à la fois sous-terrain et lumineux, promenade éphémère et lieu d’attache. Ceux qui le trouvent s’y attardent, car en partir revient à quitter le souvenir d’un paradis perdu.

 Un jardin exotique à Paris

Jardin secret

Aussi artificiels soient-ils, les jardins parisiens sont les seuls garde-fous qui nous restent, à nous autres citadins. Sans eux, ne risquerions-nous pas de couler notre propre nature dans un océan de béton ?

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