L’art appartient à ceux qui se couchent tard

Pour sa cinquième édition, la nuit des musées qui s’est déroulée samedi dernier dans toute l’Europe a redoublé d’inventivité pour attirer les foules. Outre l’ouverture au public à titre gracieux, de 18 heures jusqu’à 1 heure du matin, chaque musée a proposé un programme attractif. Au menu, un savant mariage artistique : concerts, ballets, danse, jeux de lumières, mais aussi lectures, projections de films et même dégustations, qui invitaient les spectateurs à appréhender l’art sous un nouvel angle. Seul bémol : il aurait fallu être doté du don d’ubiquité pour profiter pleinement de l’événement. En effet, la file d’attente devant certains musées était d’une densité décourageante. M’armant de patience et bravant la pluie, je suis tout de même parvenue à accéder à deux établissements participant  à l’initiative : l’Orangerie et le musée Rodin. En voici quelques impressions fugaces :

Petite musique de nuit à l’Orangerie

Séduite par son programme original – une célébration musicale des nymphéas de Monet – mon choix se porte sur l’Orangerie pour débuter cette nuit des musées. Louis Dandrel, réputé pour ses talents de designer sonore, est à l’origine de l’arrangement musical intitulé « Espace des Nymphéas », spécialement conçu pour l’occasion. Malheureusement, après deux interminables heures d’attente, force est de constater qu’apprécier les superbes compositions des nymphéas dans le capharnaüm des visiteurs est une gageure impossible et que les opus musicaux de Louis Dandrel sont, pour la même raison, pratiquement inaudibles.

Quelques clichés tout de même des fleurs fétiches de Monet, que je vous invite à (re)découvrir à la faveur de l’accalmie d’un jour de semaine :

Mais la nuit des musées n’en est encore qu’aux prémices, et j’ai à présent rendez-vous avec le Penseur, Adam, Auguste et bien d’autres éphèbes qui ne risquent pas de me laisser de marbre.

Minuit dans le jardin de Rodin

Les douze coups de minuit ont sonné, et une meute d’individus munis de lampes torches s’engouffre dans le jardin enténébré du musée Rodin. Non, il ne s’agit pas une armada de cambrioleurs,mais des visiteurs noctambules assoiffés de culture, qui envahissent les allées parsemées de sculptures et pointent tour à tour leurs faisceaux lumineux sur les géants de bronze.

Noyées dans la pénombre, les statues s’habillent de nuit et laissent à peine deviner leurs contours. Dans ce mystère nocturne, les instincts se délient et la rencontre avec les œuvres se fait plus intime. Les mains des pygmalionistes se baladent sur la chair métallique, que l’œil ne peut plus discerner. L’imaginaire esquisse de nouvelles formes et redessine à loisir les modèles de Rodin.

Statue jardin de Rodin Sculpture de Rodin

Baignée de l’éclairage artificiel des néons, la vitrine des plâtres accentue l’atmosphère sibylline du jardin. Les têtes d’albâtre, nimbées de lumières spectrales, prennent des allures d’ectoplasmes. L’esprit des modèles, immortalisé dans son habitacle de pierre, semblerait presque palpable.

Sculpture buste Rodin Sculpture portique Rodin

Les bourgeois de Calais

Une heure moins le quart, les vigiles se pressent autour des derniers visiteurs : il est temps de laisser les idoles retourner à leur sommeil éternel. Et pour ceux qui souhaiteraient d’ores et déjà planifier leur agenda : la sixième édition de la nuit des musées aura lieu le 15 mai 2010.

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