H-O-M-E de Lettres et petits chez-soi

Les demeures d’écrivains ne présentent généralement pas ou peu d’intérêt. D’une part parce que leur ambition – introduire le lecteur fanatique dans l’intimité de l’écrivain – est utopique, puisqu’elle émane d’une recomposition aléatoire. D’autre part parce que la juxtaposition simplificatrice de l’homme et de l’œuvre, paroxysme d’une lecture Sainte-Beuvienne, ne permet pas d’approcher l’auteur (sinon par le biais d’une illusion), encore moins d’expliquer la genèse de son travail. Connaître un écrivain ne se résume pas à contempler la couleur de son papier peint ou les motifs de son tapis. Vous imagineriez-vous dire : « Son bureau était ovale. Ceci explique les circonvolutions de ses romans » ?

Néanmoins il est une maison d’écrivain qui fait exception : la demeure de Chateaubriand, magnifiquement préservée mais aussi marquée par l’histoire. Volontairement excentrée de la ville et des sites touristiques, elle est aujourd’hui ouverte aux visiteurs dans des conditions qui permettent sa sauvegarde.

Maison de Chateaubriand

Porte maison Chateaubriand

Condamné à l’exil après la publication d’un pamphlet subversif contre Napoléon, Chateaubriand fut contraint de quitter Paris. Profondément séduit par le site isolé de Chatenay-Malabry, il y acheta une demeure en 1807, qu’il fit entièrement restaurer et arranger suivant ses goûts. Il y habita avec sa compagne Céleste durant près d’une décennie. Nichée dans l’enceinte végétale que forme la Vallée aux Loups, la maison de l’écrivain ressemble à s’y méprendre à l’une de ces anciennes demeures victoriennes, déchues sur un coin de lande. L’atmosphère du lieu étonne : partout, elle distille la présence de son habitant. Chaque pièce, agencée à la manière d’un souvenir, se parcourt comme un chapitre des Mémoires d’outre-tombe.

Chambre de Chateaubriand

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Portrait de Juliette Récamier, amie fidèle du romancier

Chateaubriand peinture

Les Adieux de René à sa sœur, Turpin de Crissé, Lancelot-Théodore

Confronté à d’importantes difficultés financières, Chateaubriand fut contraint de revendre sa maison de Chatenay-Malabry. Elle fut transformée avant la première guerre… en asile d’aliénés. Le dadaïste Jacques Rigaut s’y suicida en 1929. Mais ce tragique événement n’altéra en rien l’aura romantique du lieu où furent rédigées les premières pages des Mémoires. Aujourd’hui propriété du conseil régional, la maison de Chateaubriand reflète plus que jamais l’âme de son plus illustre habitant.

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