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Lelittéraire : un site à retenir… et qui vous retiendra

Sur Internet, les espaces dédiés aux livres se multiplient. Mais dénicher la perle rare, où l’on trouvera de vraies critiques, à rebours des panégyriques – ô combien immérités – lancés aux derniers succès commerciaux, relève de la gageure.

Voici pourtant un site que les amateurs de Littérature (avec un grand L) vont explorer avec délectation : Lelittéraire.com.

Pour s’en convaincre, il suffit de lire la critique de François Xavier consacrée au roman-confession de Anne Wiazemsky, reclassé à juste titre dans la liste des ouvrages à jeter. Ici, pas d’éloges corrompus, dictés par les revendications des éditeurs ou la célébrité d’un patronyme, mais une mise en lumière des « pépites » par des chroniques qui sonnent juste, au style ciselé et au vocabulaire choisi. Chaque rubrique est présentée avec un humour teinté d’élégance et l’on vogue, un peu par sérendipité, beaucoup par plaisir, d’un article à l’autre sans avoir envie de s’en aller.

Lelittéraire

Autre richesse, Lelittéraire n’affiche pas de préférence nationale ; les coups de cœur des rédacteurs mettent à l’honneur le Danemark (voir le beau synopsis de l’œuvre de Peter Høeg) et l’Afrique (notamment Henri Lopès). Un tour du monde littéraire qui permet au lecteur-voyageur d’élargir ses horizons. Pas non plus d’élitisme inapproprié puisque tous les genres, du beau livre à la bande-dessinée, en passant par les « inclassables », y sont représentés.

A contre-courant d’une certaine webosphère, Lelittéraire relève de ce que le bibliophile est en droit de trouver sur Internet : un site passionnant, réalisé par des passionnés. Un peu, en somme, comme un salon littéraire tel qu’on pouvait en trouver aux temps des Lumières… la modernité du support en plus.

A (re)découvrir aussi : Les éditions du Littéraire

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Le lecteur idéal

Emil Nolde Printemps dans la chambre1904Le goût du lecteur : voilà l’implacable verdict qui conditionne le succès d’un écrivain. Le lecteur, loin d’être un simple « récepteur » se pose comme juge et critique du livre qu’il a entre les mains, tenant l’auteur à sa merci. Pire, il réinterprète l’œuvre en fonction de son vécu, de son environnement culturel ou de ses lectures précédentes, déformant ainsi son sens premier, au mieux pour l’enrichir à la façon d’un Pierre Ménard, au pire pour l’en vider de toute substance.

Dans ces conditions, on comprend que l’expérience de lecture puisse être source de frustrations pour les écrivains. Certains ne cachent pas leur animosité envers les lecteurs médiocres, incapables de comprendre leur production. DansCity of Glass, premier volet de sa trilogie new-yorkaise, Paul Auster imagine une confrontation entre Quinn – son pendant romanesque – et une de ses lectrices :

« Il se passa ensuite quelque chose d’étrange. Quinn déplaça son attention vers la jeune femme assise à sa droite [...]. Elle lisait pourtant un livre, une édition de poche à la couverture agressivement vulgaire, et Quinn se pencha imperceptiblement à droite pour en apercevoir le titre. Contre toute attente, c’était un livre qu’il avait écrit lui-même, Passe suicidaire, de William Wilson, le premier des romans avec Max Work. Quinn s’était souvent représenté cette situation : le plaisir soudain, inattendu, de tomber sur l’un de ses lecteurs. Il avait même imaginé la conversation qui s’ensuivrait : lui, délicieusement embarrassé pendant que l’étranger faisait l’éloge du livre, puis, avec beaucoup de résistance et de modestie, acceptant (« puisque vous y tenez ») d’inscrire une dédicace sur la page de titre. Mais maintenant que la scène avait lieu, il se sentait très déçu, voire irrité. La jeune fille assise à côté de lui ne lui plaisait pas, et il était offensé de la voir parcourir avec désinvolture ces pages qui lui avaient demandé tant d’efforts. Il se retint pour ne pas lui arracher le livre des mains et s’enfuir dans la gare avec. »

René Magritte

Reste aux écrivains la possibilité de façonner leur lecteur idéal, celui qui saura les interpréter au plus juste, comprendre la portée de leurs mots, déceler leur intuition entre les lignes.

Ces bons lecteurs que Borges décrivait comme « des oiseaux rares, encore plus ténébreux et singuliers que les bons auteurs » ne sont accessibles que par la fiction. Le lecteur idéal peut être Marcel, le bibliovore de la Recherche du Temps perdu ou le héros anonyme de Si par une nuit d’hiver un voyageur… A moins qu’il n’envoie des lettres à John Barth pour lui dicter la trame de son récit.

Mais si les écrivains jouent à métamorphoser en personnage celui qui lit les lignes qu’ils ont tracées, ils n’en sont pas moins des images fallacieuses esquissées par l’esprit de leur lecteur. C’est sur ce mode idéalisé que le dialogue silencieux entre l’auteur et son public peut exister et mimer une rencontre unique, qui n’a lieu qu’à travers l’espace du livre.

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Artistes désœuvrés

Si les figures d’artistes sont légion dans les textes littéraires, peu d’entre elles sont des portraits flatteurs. Peintres maudits aux créations stériles ou leurrés par leur désir de perfection, idéalistes déchus, aveuglés par leur idolâtrie aux maîtres… Les faiseurs d’art sont rarement encensés sous la plume des écrivains.

Adriaen van OstadeDans le Chef d’œuvre inconnu de Balzac, le peintre Frenhofer œuvre dix ans sur le tableau de La Belle Noiseuse. Le maître retouche encore et encore la toile, jusqu’à détruire son travail à force de perfectionnisme. Lorsqu’il révèle enfin sa toile au public, celle-ci n’est plus qu’un amas indéchiffrable de couches colorées. La quête d’absolu a tétanisé le peintre, incapable d’achever son tableau.

Henry James exploitera plus tard ce motif dans la Madone du Futur, en inversant toutefois le dénouement du récit balzacien. Le narrateur, amateur d’Art, se rend à Florence pour admirer les chefs-d’œuvre que la cité renferme. Au cours d’une promenade, il fait la rencontre d’un peintre d’apparence modeste, mais dont les connaissances artistiques et la sensibilité suffisent à le convaincre de son talent prometteur. L’artiste prétend travailler sur un portrait de Madone qui réunirait à lui seul les traits sublimes des Madones déjà produites. Pourtant, le créateur repousse sans cesse le moment de découvrir sa toile. Poussé par la curiosité, le narrateur cherche à percer le mystère du tableau gardé secret. Lorsqu’il y parvient, il réalise que l’œuvre tant vantée n’existe pas : la toile est vierge. Contrairement à Frenhofer, l’artiste désœuvré n’a même pas la consolation de croire en son génie. Il a pleinement conscience de son échec.

 

Comment expliquer ces représentations d’œuvres manquées, que l’on retrouve encore chez HoffmannZola ou Gogol ?

La condition humaine MagritteDoit-on y reconnaître un paragone qui confronterait le peintre non plus au sculpteur, mais au romancier ? Car si la créativité des personnages de Balzac ou James est réduite à néant, les œuvres littéraires qui les contiennent, elles, existent bel et bien, savourant le triomphe de leur aboutissement.

Peut-on voir au contraire dans l’infécondité des artistes un pendant sublimé des affres des écrivains, tourmentés par l’angoisse de la page blanche ?

Les deux hypothèses sont viables, bien que les auteurs semblent surtout dénoncer la recherche d’une toute-puissance à travers l’image, non pas suggérée (par les mots) mais reproduite (sur le tableau).

Dès lors, il n’est pas étonnant de découvrir des récits fantastiques mettant en scène des portraits diaboliques comme celui de Dorian Gray ou de Poe. Ces histoires résonnent comme un avertissement destiné aux lecteurs : « Méfiez-vous des images, préférez-leur les mots. »

Source d’illusions, les images peuvent tromper les oiseaux cherchant à picorer les raisins de Zeuxis, ou les soldats de Baltimore que nous pourrions devenir.

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